« Après nous, le déluge! » – Réplique à la lettre de David Heurtel dans Le Soleil du 23 septembre 2017

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Les faits et la science n’ont rien à voir avec l’entêtement du gouvernement Couillard à vouloir développer la filière des hydrocarbures.

La décision réitérée du gouvernement Couillard de refuser aux municipalités la possibilité d’imposer des règles plus strictes que celles du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) a profondément choqué le Québec. Rendue publique le jour même du début du procès de Gastem contre Ristigouche Sud-Est, cette décision  confirme la préséance des pétrolières sur les municipalités en matière d’eau potable. Dans sa lettre parue dans Le Soleil du 22 septembre, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques s’entête tout de même à défendre le RPEP, qui serait selon lui « l’un des règlements les plus sévères en Amérique du Nord ». Ce faisant, David Heurtel insiste pour « laisser la place aux faits et à la science ».

D’accord, parlons faits et science.

Dans les faits, les règles les plus sévères ne sont pas celles du RPEP, mais bien celles du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de Terre-Neuve, du Vermont, de l’état de New York et du Maryland. Ces territoires, tout comme la France, l’Allemagne, l’Irlande et d’autres pays, ont interdit la fracturation hydraulique. Néanmoins, « les réglementations dans les juridictions où il y a un moratoire sur la fracturation hydraulique n’ont pas été considérées », précisent les auteurs de l’étude de l’INRS que brandit le ministre à l’appui de ses propos. Les chercheurs ont donc comparé les normes du RPEP uniquement à celles de territoires comme l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Texas et la Californie, où les pouvoirs publics encouragent l’extraction d’hydrocarbures et ont adopté des règles notoirement laxistes.

Ces normes sont-elles valables? Scientifiquement, suffit-il de s’en rapprocher, ou même de les dépasser un peu, ici et là, pour avoir un cadre réglementaire « strict »?

Non.

Déjà, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) des États-Unis a identifié des cas de contamination de l’eau potable à toutes les étapes de la fracturation. Et, comme le soulignent les chercheurs de l’INRS, « les impacts éventuels de l’exploitation du gaz de shale [sur la qualité de l’eau souterraine] ne sont susceptibles de se révéler qu’après plusieurs décennies à cause du long temps de résidence de l’eau souterraine ».

De même, des centaines d’études établissent des liens troublants entre la fracturation et la santé humaine, alors que l’industrie est encore jeune et qu’on ignore tout de ses effets à plus long terme. L’« apocalypse pétrolière » dont se moque M. Heurtel n’a peut-être pas encore eu lieu au Québec, mais le jovialisme qu’il affiche en dit long sur le sens moral du gouvernement dont il défend les orientations.

Monsieur Heurtel ironise aussi en soulignant que le Québec « ne fait pas face à une épidémie de projets ». Il étire dangereusement la vérité en ajoutant qu’« aucun d’entre eux n’est un projet de fracturation hydraulique ». Les pétrolières et gazières présentes au Québec – qui avaient annoncé 20 000 puits entre Montréal et Québec lors du BAPE de 2011 – ont accueilli avec enthousiasme la Loi sur les hydrocarbures adoptée sous le bâillon en décembre 2016. Depuis, elles ont multiplié leurs activités boursières et opérations de financement. Elles ont applaudi les projets de règlements sur la mise en œuvre de la Loi publiés la semaine dernière. Or, il est de notoriété publique que toute extraction dans les Basses-Terres du Saint-Laurent impliquerait de la fracturation. Quant à la Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, le ministre ne peut pas ignorer que la fracturation hydraulique y est un scénario plus que plausible, comme le montre l’exercice de couplage des gisements de ces régions avec des analogues déjà exploités ailleurs en Amérique du Nord (ÉES GENV30 et ÉES GTEC01). Pétrolia a d’ailleurs déjà indiqué qu’elle envisage d’utiliser cette technique au site Haldimand et précisé qu’il n’y aurait « pas de production rentable sans stimulation à Bourque », ce terme désignant par exemple « l’injection, la fracturation hydraulique ou le pompage ».

Finalement, l’évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures du MERN a démontré que l’exploitation des énergies fossiles serait « difficilement conciliable avec les objectifs du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques ». À lui seul, cet argument massue devrait avoir clos depuis longtemps le débat scientifique sur l’opportunité de développer la filière des hydrocarbures au Québec.

Vous savez quoi, Messieurs Couillard, Heurtel et Arcand? Les faits et la science n’ont rien à voir avec votre entêtement irresponsable à vouloir développer la filière des hydrocarbures – ni avec les projets de règlements outranciers que vous avez publiés la semaine dernière. Ne tentez même pas de les modifier pour faire mine d’être à l’écoute de la population. Seul un retrait pur et simple de ces règlements et de la Loi sur les hydrocarbures est envisageable.

Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole

Jacques Tétreault, coordonnateur général adjoint

Regroupement Vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ)