COMMUNIQUÉ – Des scientifiques déboulonnent le mythe du gaz naturel comme énergie de transition

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Les diapositives de la présentation : Des scientifiques déboulonnent le mythe du gaz naturel comme énergie de transition

Montréal, le 5 septembre 2017 – À la veille de l’ouverture de la 46e session du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à Montréal, des scientifiques ont démontré que loin d’être une énergie de transition, le gaz naturel éloigne le Québec, le Canada et l’ensemble des nations de leurs cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES). Cette démonstration s’est faite dans le cadre d’un briefing scientifique des médias tenu à l’UQAM sous l’égide du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ), de Nature Québec, du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE) de l’UQAM et du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste.

Par la même occasion, des environnementalistes ont dénoncé les intenses efforts de lobbyisme de l’industrie pour promouvoir le gaz naturel, sous le prétexte fallacieux qu’il contribuerait à « décarboniser » l’économie. Ils ont également critiqué les fonds publics de l’ordre de plusieurs dizaines de millions de dollars que le gouvernement du Québec consacre au développement de cette filière fossile par l’entremise de Ressources Québec et du Fonds vert, alors qu’il est urgent d’investir dans les solutions du xxie siècle existantes ainsi que dans l’innovation créatrice d’emplois.

Selon les organisateurs de l’activité, l’industrie tente de positionner le gaz naturel comme « énergie de transition » en entretenant des perceptions erronées quant à la contribution du gaz naturel au réchauffement climatique. « La plupart des gens comprennent le lien entre le réchauffement climatique et l’utilisation du pétrole ou du charbon, a souligné Carole Dupuis, coordonnatrice générale du RVHQ. Le fait que le gaz naturel soit tout aussi dommageable est moins bien compris et c’est pourquoi nous avons demandé à des scientifiques d’en faire la démonstration. »

« Quand on parle de GES, on parle presque toujours de CO2, de dioxyde de carbone, de gaz carbonique ou simplement de carbone, a rappelé Damon Matthews, Ph. D. en Sciences de la terre et de la mer, qui a contribué aux quatrième et cinquième rapports du GIEC. C’est un raccourci qu’on utilise parce que le CO2 est le plus présent mais en fait, il existe plusieurs gaz à effet de serre différents. Chaque GES a un potentiel de réchauffement planétaire (PRP) et un temps de résidence dans l’atmosphère qui lui sont propres. Pour simplifier les inventaires, les pays traduisent toutes les émissions de GES en « équivalent CO2« , ce qui pourrait faire croire que seul le CO2 a de l’importance, mais ce n’est pas du tout le cas. En fait, le méthane, qui compose 95 % du gaz naturel[1], contribue 86 fois plus au réchauffement climatique que le CO2 sur 20 ans. »

Selon le professeur Matthews, une autre source de confusion est le fait que, lorsqu’on compare deux combustibles comme le pétrole et le gaz, on se limite souvent au CO2 émis lors de la combustion sans tenir compte du méthane émis aux autres étapes du cycle de vie comme l’extraction, le transport, la distribution et l’après-vie des puits de forage. « En additionnant les effets du CO2 produit lors de la combustion et ceux du CH4 émis aux autres étapes, on découvre que le gaz naturel est pire que le diésel sur 20 ans, même quand il s’agit de gaz naturel conventionnel, a précisé Pierre Langlois, Ph.D. en physique, spécialiste de la mobilité durable et communicateur scientifique. C’est terrible car les prochaines décennies seront critiques sur le plan du réchauffement climatique. L’écart est encore plus grand dans le cas du gaz de schiste, qui prend de plus en plus de place dans la production nord-américaine. »

Selon Pierre Langlois, il n’y a pas non plus de raison économique de développer la filière gazière. « Pour la production d’électricité, l’énergie solaire et éolienne s’impose déjà comme solution de rechange avantageuse à une bonne partie des énergies fossiles », a-t-il expliqué, chiffres à l’appui. D’ici quelques années, selon ce spécialiste, le coût des batteries aura encore diminué et ces sources d’énergie pourront répondre à une part encore beaucoup plus grande des besoins. Quant à l’électrification du transport routier et maritime, elle est déjà bien engagée elle aussi : Tesla lancera son camion semi-remorque électrique d’ici quelques semaines et la Norvège innove avec son traversier et son navire de cabotage électriques, déjà en fonction. « Mais l’efficacité énergétique est encore la solution numéro un, la filière la moins chère », a rappelé M. Langlois.

« En somme, le gaz naturel est une impasse qui nous éloigne de la transition, a conclu Christian Simard, directeur général de Nature Québec. Ce combustible fossile ne nous fait pas avancer d’un iota par rapport au pétrole, sur le front climatique. En y consacrant des moyens et des fonds considérables, le gouvernement détourne des ressources qui doivent être consacrées à la vraie transition. »

Conférence publique

Une conférence publique sur le même sujet aura lieu le mardi 5 septembre à 19 heures à la salle DR 200, « Salle de la reconnaissance », du Pavillon Athanase-David, 1430, rue Saint-Denis, Montréal.  Détails ici.

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Renseignements

Gabriel Marquis, Nature Québec

gabriel.marquis@naturequebec.org

 

Michelle Filteau, RVHQ

mitchfilteau@gmail.com

 

Scientifiques invités

Damon Matthews

Ph. D. en Sciences de la terre et de la mer, Université de Victoria

Professeur et titulaire de la chaire de recherche en sciences du climat à l’Université Concordia

Membre de l’équipe d’auteurs des quatrième et cinquième rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

Pierre Langlois

Ph. D. en Physique, Université Laval

Spécialiste de la mobilité durable et communicateur scientifique

Membre du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste

Yann Chavaillaz

Ph. D. en Sciences du climat, Université Paris-Saclay

Postdoctorant chez Ouranos et au Laboratoire de climatologie de l’Université Concordia dirigé par Damon Matthews

 

Organisateurs de l’activité

Carole Dupuis

Coordonnatrice générale et porte-parole

Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ)

 

Christian Simard

Directeur général

Nature Québec

 

Marc Brullemans

Ph. D. en Biophysique

Coordonnateur interrégional – Région Nord, RVHQ

Membre du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste

 

Lucie Sauvé

Ph. D. en Éducation

Professeur et directrice du Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE) de l’UQAM

Membre du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste

[1] Gaz Métro, https://www.gazmetro.com/blogue/gaz-metro/gaz-naturel-mythes-realites/