LA COVID : CATASTROPHE OU CADEAU?

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Madame Louise Descôteaux, de Shawinigan, expose son espoir que l’après Covid permettra de vaincre la peur et de retrouver un lien avec nos semblables et la nature tout en nous libérant de l’esclavage imposé par un système économique qui fait violence à nos aspirations les plus essentielles.

LA COVID : CATASTROPHE OU CADEAU?

Je sens qu’un orage de détresse psychologique pire que l’hécatombe des CHSLD (personnes majoritairement de 80-100 ans) arrive à grande vitesse dans notre ciel par ailleurs pas serein du tout.

Que les plus ingérables d’entre nous, ceux qui ne cadrent pas dans le système de technocrates au cœur et à la tête remplis de statistiques, vont capoter.

Ces inadaptés sont : les « fous », les itinérants, les ados (12-20 ans), les personnes âgées en assez bonne forme (60-80 ans) qui critiquent le système et veulent donner abondamment de leur temps et de leur amour (en vain par les temps qui courent), et les actifs (20-60 ans), la viande qui nourrit le système et qui était déjà « au coton » avant la COVID.

En tant que psychologue retraitée, âgée de 71 ans et confinée depuis six semaines, je me sens en train de craquer à voir la détresse des soignants désespérés et épuisés, de tous les travailleurs et chômeurs en âge de produire pour la société et stoppés en plein vol, et des ados à qui on confisque leur carburant le plus nécessaire (les liens avec leurs amis). Ce carburant qui leur permettait d’endurer cette vie préprogrammée pour devenir un bon petit 20-60 puis un 60-80 qui, s’il ne finissait pas au CHSLD, jouirait plus ou moins d’une période dite de repos bien mérité.

Un petit paragraphe sur cette période de repos bien mérité : période qui a des chances d’arriver, souvent sur le tard lorsque l’aîné a enfin compris le despotisme de la consommation des biens et des personnes, et qu’il a eu la chance de prendre du recul, de réfléchir, de s’en distancer. Et n’étant pas tombé mort ou très malade avant, il a alors la chance de mettre de l’amour dans son rapport avec lui-même, ses proches, la nature et même avec la planète.

Et puis, la COVID – la peur; le confinement – la peur; l’obéissance à l’aveugle – la peur; et nos dirigeants qui, comme tout le monde, font leur possible, ont peur et transmettent leurs peurs. Du possible de toutes les grandeurs et grosseurs, ce qui nous amène, en ce début de mai, à l’annonce du déconfinement, qui à mon avis s’amorce avec des étapes inversées.

Parce que les soignants, les travailleurs, les chômeurs, les ados, (mon Dieu, j’ai oublié les enfants!), les vieux, les très vieux et les gouvernants sont « au coton », isolés, apeurés, sans contacts physiques variés et nourrissants, nous devons impérativement jouir d’une pause avant de retourner dans la machine infernale qui nous empêcherait à nouveau d’avoir le temps de penser intelligemment. Dans ce cas-ci, intelligemment veut dire avec une compréhension suffisante de la tête et du cœur pour ne pas retourner dans la folie construite depuis des siècles et stoppée contre notre gré à la mi-mars par la COVID.

MA VISION

Première étape : sortir de nos tanières et nous demander de nos nouvelles avec chaleur et espoir.

Deuxième étape: petite pause de réflexion, de bilan, de mise à jour de nos nouvelles priorités sociales et environnementales, de nos valeurs fraichement dépoussiérées. Sans nous presser car, avant de repartir dans la même fournaise comme des bagnards décérébrés et maintenus artificiellement en vie par des respirateurs remplis de l’air putride du temps, par les paroles lénifiantes et délétères de notre gouvernement qui nous offre un enfer pavé de ses bonnes intentions économiques, nous avons la possibilité de faire des changements.

Ces changements que nous avons eu le temps de rêver, de partager, de trouver indispensables, porteurs de vie, d’espoir et de goût de vivre après cet épisode de COVID, je vous en supplie, ne les enterrons pas comme les rêves d’ados ou de petits vieux!

Grâce à l’effet domino qu’a eu la COVID sur le prix du pétrole, la diminution des vols d’avion et de leurs émanations, les ventes dans les centres d’achats et autres trappes à consommateurs, la pureté du ciel à Beijing et à Montréal, l’augmentation de l’achat local, le retour de la popote-maison, le temps pour voir pousser ses enfants et ses semis, l’intensification des échanges de chaleur, d’amour et d’entraide par relais virtuels et, surtout, la fameuse PAUSE qui nous permet de rechoisir la vitesse à laquelle nous voudrons désormais mener notre vie, nos rêves sont plus proches de devenir réalité qu’ils ne l’étaient dans les trente dernières années. La COVID donne un coup de pouce, vraiment!

Troisième étape : les rêves étant essentiels et générateurs d’énergie, de stimulation aidante pour le système immunitaire (tiens, tiens!), de santé physique et mentale, de capacité à collaborer, à créer, à éduquer les enfants, ces rêves, dis-je, devront être fraichement tatoués sur notre cœur et enracinés dans nos têtes de cochon, pour que nous soyons prêts à remettre en marche la machine. Avec beaucoup de compassion et de tolérance pour tous ceux qui ne voudront pas ou ne seront plus capables de tourner à vitesse grand V. Une période de guérison post-traumatique sera inévitable, particulièrement pour ceux qui se pensaient invincibles ou qui ne croyaient pas que la COVID puisse être un cadeau.

Faute de ces étapes élaborées selon le GBS (gros bon sens), je sens qu’un orage de détresse psychologique pire que l’hécatombe des CHSLD va éclater dans notre ciel par ailleurs pas serein du tout.

Optimiste de nature, je rêve que nous réussirons cette transition vitale pour notre santé physique et mentale, nos échanges sociaux et économiques, l’avenir de la planète, en fait!

La COVID nous a permis d’ouvrir une veine et d’y installer un papillon. Arrangeons-nous pour que la veine demeure ouverte… aux changements indispensables.

Louise Descôteaux, psychologue retraitée
Shawinigan
Le 2 mai 2020