Le gaz ou la vie

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Dans le contexte de crise climatique qui s’intensifie, le projet Gazoduq – GNL Québec, qui vise à exporter le gaz albertain par le Québec, est une aberration qui ne doit pas voir le jour.

Le gaz ou la vie

À quoi bon avoir du gaz si les arbres brûlent, si les cultures céréalières et maraichères deviennent impraticables en raison de l’ampleur des sécheresses, si les poissons meurent à cause de l’eau devenue trop acide, trop chaude et trop pauvre en oxygène? À quoi bon avoir du gaz si ce combustible détruit les conditions essentielles à la survie de toute la biodiversité? Scénario catastrophe de science-fiction? Non! C’est le message que répètent les scientifiques depuis des décennies. Et chaque année, chaque jour que nous passons à continuer de brûler des énergies fossiles accentue l’érosion des réserves planétaires essentielles au maintien de la grande toile du vivant.

Rappelons quelques faits de science : l’accumulation actuelle du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère piège l’énergie dégagée par le rayonnement solaire (rayonnement infrarouge) près de la surface terrestre. L’énergie emprisonnée chaque jour correspond à celle de 400 000 bombes atomiques du type de Hiroshima (chaque jour!)(1). Les conséquences de cette accumulation d’énergie sont rien de moins que catastrophiques. L’urgence de freiner ce réchauffement est absolue.

Déjà l’Australie enregistre des températures atteignant les 50 degrés Celsius(2). Or, entre 40 et 47 degrés Celsius, les plantes cessent leur photosynthèse. Avec les sécheresses, les cultures meurent et les forêts brûlent. L’année 2018 a été tristement spectaculaire en matière de méga-incendies de forêts : Sudbury (Canada), Grèce, Californie, Suède, Lancashire (Royaume-Uni), Japon, Sibérie. Le problème est planétaire(3).

Il n’est pas possible de mettre fin d’un coup au réchauffement de la planète. Les gaz à effet de serre déjà accumulés dans l’atmosphère continueront d’avoir des impacts sur les glaciers, les sols et les océans pendant des décennies et des siècles à venir, même si nous cessions demain de brûler des hydrocarbures. Et les scientifiques nous disent qu’au-delà d’un certain seuil d’accumulation de GES dans l’atmosphère, aucune action humaine ne pourra plus freiner l’emballement du réchauffement, en raison notamment du dégagement du méthane issu de la fonte du pergélisol(4) et de la décomposition végétale(5), des phénomènes déjà amorcés(6).

Certains scientifiques croient que ce seuil critique pour la continuité de la vie sur la Terre, telle que nous la connaissons, est déjà franchi. D’autres, comme Hubert Reeves(7), Claude Villeneuve (8) et Catherine Potvin(9), pensent qu’il est encore possible de limiter le désastre en modifiant en profondeur nos façons de nous nourrir, de nous loger, de nous déplacer, de faire du commerce et de consommer de l’énergie. Ils appellent à une véritable révolution. La transition du charbon, du pétrole ou du mazout vers le gaz naturel, qu’il soit conventionnel ou obtenu par fracturation, n’a aucun rôle à jouer dans le scénario de sortie de crise. Il est déjà trop tard : nous devons cesser complètement d’exploiter les gisements d’hydrocarbures, même les gisements conventionnels déjà connus et en exploitation. Aucune nouvelle infrastructure ne doit être construite.

Le projet Gazoduq et GNL-Québec(10-11), qui vise à exporter le gaz albertain (principalement du gaz obtenu par fracturation) via l’Abitibi-Témiscamingue, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et le Parc marin Saguenay–Saint-Laurent est une pure aberration à la lumière du contexte que nous venons de décrire. Sa réalisation favoriserait un accroissement de la production gazière albertaine et de la consommation de gaz au Québec C’est un projet pervers, dans un système économique devenu génocidaire. Il faut sortir de l’impasse. Nous avons encore les moyens de prendre le virage vers une économie viable. Le projet Gazoduq-GNL Québec ne doit jamais voir le jour. Nous demandons une véritable transition énergétique dès maintenant.

Louise Morand, Denise Campillo, François Prévost, Chantal Jolicoeur, Stewart Johnson

1 http://www.scientistswarning.org/deep-adaptation-a-map-for-navigating-climate-tragedy/
2 https://usbeketrica.com/article/australie-etats-unis-changement-climatique?fbclid=IwAR01jyTHQd13weyCB3_nO3OPSYfj89nz-wTJseWT4kZIVTmkprmewv0MndY
3 https://www.youtube.com/watch?v=pMbeYJgH_6g&feature=share
4 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/457107/pergelisol-la-bombe-climatique-a-ne-pas-amorcer
5 https://www.telegraph.co.uk/news/earth/earthnews/9168055/Compost-bomb-is-latest-climate-change-tipping-point.html
6 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/541959/les-gaz-a-effet-de-serre-ont-atteint-des-concentrations-records-en-2017
7 Entendre les propos d’Hubert Reeves dans le film de Iolande Cadrin-Rossignol (2018). La Terre vue du cœur. http://lamaisonducinema.com/film/la-terre-vue-du-coeur/
8 Claude Villeneuve (2013). Est-il trop tard? Québec : MultiMondes
9 Voir le rapport de 60 universitaires canadiens. Agir sur les changements climatiques. http://sustainablecanadadialogues.ca/fr/vert/endossement
10 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/541429/un-gazoduc-de-750-km-pour-exporter-du-gaz-naturel-a-partir-du-quebec
11 https://www.ledevoir.com/societe/environnement/545588/liberaux-pequistes-et-solidaires-reclament-une-etude-globale-du-projet-de-gnl-quebec