Le Québec était notre modèle. Avons-nous été induits en erreur?

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M. Jim Emberger de Taymouth, Nouveau Brunswick, décrit le Québec comme une source d’inspiration face aux menaces posées par la fracturation hydraulique et du projet Énergie-Est pour la santé publique, la qualité de l’eau et le climat. Il déplore que le gouvernement du Québec s’apprête à donner le territoire de ses citoyens pour l’exploitation du gaz de schiste.

Le Québec était notre modèle. Avons-nous été induits en erreur?

(lettre à M. Philippe Couillard, Premier Ministre du Québec)

Monsieur le Premier Ministre,

Je suis le porte-parole de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick. Cette alliance, qui regroupe des anglophones et des francophones de la province, s’est donné deux mandats : faire cesser l’extraction du pétrole et du gaz non conventionnels et promouvoir les énergies propres pour combattre les changements climatiques.

C’est donc avec consternation que nous avons appris que le gouvernement québécois envisageait d’aller de l’avant avec l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire. Le Québec a toujours été pour nous une source d’inspiration : la population a rapidement réagi à la menace que présente la fracturation hydraulique pour la santé publique, la qualité de l’eau et le climat, puis s’est opposée à l’oléoduc Énergie Est, qui aurait permis d’accroître l’exploitation des sables bitumineux, si délétère pour le climat.

Nous avons souvent cité le Québec en exemple dans la lutte qui nous a permis d’obtenir un moratoire au Nouveau-Brunswick (comme c’est le cas en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard).

Nous sommes d’autant plus consternés que la presque totalité des études scientifiques menées au cours des dernières années a démontré que la population avait eu raison de s’opposer à la fracturation hydraulique.

Les menaces que fait peser la fracturation sur la qualité de l’eau souterraine et sur les aquifères sont en effet bien documentées, et les études qui font le lien entre cette technique et de graves problèmes de santé publique se multiplient. Aspect encore plus préoccupant, on assiste à l’explosion du nombre d’études qui démontrent que les émissions de méthane de l’industrie des énergies fossiles pourraient être responsables d’un quart des émissions responsables du réchauffement climatique.

Quelle pourrait être la justification de ce regain d’intérêt pour le gaz de schiste au moment même où de nombreux pays, dont la France, vont dans la direction opposée à cause des changements climatiques?

Il est scientifiquement bien établi que nous ne pourrons brûler tous les combustibles fossiles que nous exploitons présentement sans détruire la planète et nous-mêmes. Cela implique de renoncer à développer toute nouvelle ressource de combustibles fossiles. La pilule est amère, mais il n’y a pas de compromis possible; si on veut combattre effectivement les changements climatiques, il est inconcevable de promouvoir les énergies fossiles.

Prétendre le contraire est faire preuve à la fois d’hypocrisie et de fausseté. Nous ne pouvons croire qu’il s’agit là de la volonté de vos concitoyens.

Malgré notre stupéfaction, nous espérons que votre gouvernement peut encore éviter cette aberration et préserver la réputation du Québec comme une province sensible à la volonté de ses citoyens progressistes sur le plan environnemental. Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à nos réflexions.

Sincères salutations,

Jim Emberger, porte-parole de l’Alliance anti-gaz de schiste du Nouveau-Brunswick

New Brunswick Anti-Shale Alliance