Pâques à l’ère des changements climatiques

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M. Pierre Prud’homme, de Laval, revisite le sens de la Fête de Pâques à
l’époque de la crise climatique que nous connaissons.

Pâques à l’ère des changements climatiques

La communauté chrétienne a vécu la Semaine Sainte qui la mène vers Pâques, en se remémorant d’abord  les derniers moments de Jésus de Nazareth : ses angoisses devant l’étau qui se resserrait sur lui, son arrestation, son inculpation, sa condamnation, ses tortures par le fouet et la couronne d’épines, et son assassinat par un des moyens les plus barbares qui soient, la crucifixion.

Et pourquoi tout cela? À cause de son message qui en appelle à l’amour des uns des autres; à la justice qui comporte l’équité et l’égalité; à la solidarité qui comprend le partage et la charité; au pardon; à l’exercice de l’autorité comme service du bien commun et de l’émancipation des plus pauvres. 

Un message qui ne se contentait pas de dénoncer dans l’abstraction, qui nommait les gens des pouvoirs civils et religieux responsables des injustices et des iniquités, et qui proposait des façons différentes de faire les choses.

En ce sens, le message évangélique se veut avant tout une spiritualité qui dénonce tout dogmatisme, toute règle, tout conformisme et toute loi qui étouffe l’esprit et la vie. 

Est-ce pour cette raison que, percevant sous le terreau de cette spiritualité la charge des pousses de vie qui cherchaient à éclore, les premiers chrétiens aient pris conscience qu’il leur revenait de la garder vivante, et qu’ils avaient entre les mains la capacité et la responsabilité de faire advenir Pâques, ce passage de la mort à la vie?

Cette spiritualité ne peut se vivre dans les sphères ésotériques d’une foi abstraite et individualiste. Elle se doit d’être incarnée et de pousser vers l’engagement vers plus de justice et de dignité au cœur même des enjeux d’aujourd’hui. Or les lieux d’engagement ne manquent pas pour améliorer les conditions de vie de nos semblables et de l’ensemble du Vivant.

Mais un enjeu embrasse tous les autres. Comme le dit Diane Dufresne, si nous perdons la bataille du climat, nous ne pourrons continuer à mener les autres combats. Et je rajoute que notre négligence à répondre à l’urgence de ce combat entraînera l’augmentation de la quantité et de l’intensité des extrêmes climatiques qui saperont les résultats espérés de nos autres combats. 

Jamais Pâques, comme fête de la Vie, n’a eu autant de pertinence qu’à notre époque qui voit le Groupe international d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) nous rappeler avec insistance les conséquences mortifères de nos modes de vie sur toutes les sources et les formes de vie. 

Pâques nous rappelle que nous avons besoin de lieux concrets par lesquels il nous est possible d’espérer et d’avoir confiance en l’avenir. Pour cette raison, il faut saluer, en pleine Semaine Sainte, la nouvelle de la Caisse de dépôt de réduire ses investissements dans les énergies fossiles. Si symbolique soit-elle, cette nouvelle est un choix pour la vie envers les générations futures.

Dans cet esprit de Pâques, il nous faut demander à la Caisse de dépôt d’aller plus loin, au Mouvement Desjardins de désinvestir le plus tôt possible des énergies fossiles et aux gouvernements québécois et canadien de ne pas se servir de nos argents pour investir dans ce créneau économique.  Nous refusons d’être transformés en complices de la détérioration des conditions de vie de nos enfants et petits-enfants.

Nous reprenons à notre compte la phrase de Jésus de Nazareth : « Je suis venu pour que les hommes et les femmes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10; 10).

Pierre Prud’homme

Laval, Qc