Réponse à M. Dumont

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Monsieur Normand Pinard de Québec, critique les propos de Mario Dumont favorables aux investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans les hydrocarbures et les paradis fiscaux.

Réponse à Mario Dumont
Un référendum désinvestissement?

Je n’ai jamais été un fan de Mario Dumont. Il n’a jamais vraiment attiré mon attention par le passé, et ce n’est pas sa chronique intitulée « J’exige un référendum », publiée le 5 juin 2019 dans le Journal de Montréal, qui va y changer quelque chose.

En effet, monsieur Dumont est bien connu pour ses positions droitières. Mais cette chronique sur les cibles d’investissement de la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec (CDPQ) fait preuve d’une telle faiblesse de logique qu’on s’étonne que le personnage ait encore une tribune où s’exprimer.

Monsieur Dumont s’insurge contre les groupes de pression qui incitent la Caisse à retirer ses investissements du secteur des énergies fossiles, de tous les paradis fiscaux et de l’industrie de l’armement et de la guerre. Pour lui, il va de soi qu’éviter certains secteurs industriels dans la gestion de portefeuille affecte nécessairement à la baisse les rendements! Hors du pétrole, point de salut, en quelque sorte. J’ignorais qu’il s’y connaissait en matière d’investissement… Et comme il va même jusqu’à affirmer que les débats éthiques sur les activités de la Caisse sont fastidieux, je l’invite donc à laisser à d’autres ce genre de débat qui semble trop ardu pour lui.

Il s’alarme devant la perspective d’un élargissement du débat à d’autres secteurs (aux banques, à la brasseries, aux cigarettes, aux loteries, aux boissons sucrées) qui, selon lui, pourraient être mis à mal par de tels questionnements éthiques. Il fait valoir que les pétrolières investissent aussi dans le développement des énergies vertes : Shell dans l’éolien, et qui d’autre dans le solaire… Il défend les investissements de la Caisse dans les paradis fiscaux considérant qu’elle ne paie déjà pas d’impôt… Il affirme que le mandat de la Caisse est de donner le meilleur rendement possible, et s’oppose à ce qu’une « minorité tapageuse » veuille orienter ses actions. À cet effet, il demande un référendum sur la question.

Monsieur Dumont, pouvez-vous me rappeler la date du référendum qui a permis à la Caisse d’investir dans les paradis fiscaux, dans l’industrie de l’armement ou dans les énergies fossiles? Comment pouvez-vous affirmer qu’un référendum serait d’emblée gagné par le vote favorable de ce que vous appelez la majorité silencieuse? Je ne vous savais pas mandaté pour déterminer à vous seul ce que pense cette majorité, et encore moins pour parler en son nom.

Monsieur Dumont, de nos jours, la religion du « hors du pétrole point de rendement » est complètement dépassée.

Le désinvestissement du secteur des énergies fossiles n’est plus seulement une question d’éthique ou d’environnement, c’est aussi une saine stratégie de placement. En effet, l’investissement dans le secteur des hydrocarbures, une ressource limitée à l’origine de dégâts environnementaux innommables, est aujourd’hui remis en question par un nombre croissant d’institutions financières et de gouvernements en réponse aux demandes de leurs citoyens; tôt ou tard, il devra cesser. Et d’ici à ce que cela arrive, la valeur en bourse de ces investissements chutera drastiquement, pour atteindre un point de bascule irréversible.

Le mouvement mondial connu sous l’appellation de « Désinvestissement fossile » a déjà incité le désinvestissement de milliers de milliards de ce secteur d’activité. Des gens intelligents, compétents et bons gestionnaires provenant de divers milieux, comme l’Université Laval, la Ville de Montréal, l’Université du Québec, le Fonds souverain norvégien, désinvestissent déjà ou sont en voie de le faire. Votre érudition en matière de placement vous permet sûrement de comprendre qu’une baisse de la demande entraîne une chute des valeurs. Notre Caisse pourrait donc subir des pertes substantielles au moment de l’effondrement du marché des énergies fossiles.

En fait, le grand risque que courent les Québécois dans cette affaire, c’est que la Caisse soit tentée d’acheter les positions des « copains » qui voudraient, eux, en sortir prestement. Rappelez-vous la crise des « subprimes » de 2008, alors que le président de la Caisse à l’époque, Henri-Paul Rousseau, a racheté de Paul Desmarais, entre autres, 10 milliards de produits financiers déjà réputés moribonds.

Mais, si vous tenez au rendement au point d’encourager la Caisse à favoriser la performance des fonds « offshore » dans des paradis fiscaux où il n’y a pas d’impôt même pour ceux qui devraient en payer, libre à vous. Si pour le rendement à tout prix, vous êtes prêt à ce que votre argent serve à fournir à des dictatures des véhicules militaires pour opprimer leur population, libre à vous. Si le rendement vous obsède au point d’encourager les cigarettiers les loteries, les boissons sucrées. etc., je vous informe que d’autres secteurs sont beaucoup plus performants : la prostitution, le crime organisé, le blanchiment d’argent, le prêt usuraire, le commerce de la cocaïne et autre drogues, vous donneront en effet des rendements faramineux et vous permettront d’éviter les fastidieux débats éthiques qui ont normalement cours dans une société civilisée.

Mais si vous voulez ouvrir votre conscience au pouvoir que votre fonds de pension procure dans le monde, sachez qu’un portefeuille désinvesti de toutes les calamités qui font souffrir le monde, ça se compose, ça s’entretient et ça donne des rendements équivalents, voir supérieurs à ceux du portefeuille calamiteux que vous semblez supporter si légèrement…

Bonne révision de portefeuille, Monsieur!

Normand Pinard

Comité du désinvestissement du RVHQ