Réponse à un néolibéral

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Réponse à un néolibéral

Le pétrole maudit, comme le souligne Jacques Brassard dans son article «La peur d’avoir peur», n’est que la source qui nourrit notre élite. Le mépris de son papier résume assez bien son incompréhension des enjeux de ce nouveau siècle, celui du savoir et des connaissances. Cette ère est la suite logique de l’industrialisation du siècle dernier.

Le colloque de Rimouski fut un évènement majeur pour les citoyens que les propos de l’auteur méprisent, soit plus de 2000 personnes réunies par l’Association francophone pour le savoir. M. Brassard aurait grand avantage à fréquenter ce cercle de gens pacifiques, tolérants et savants.

Le rôle des juristes dans une démarche de connaissances des courants marins vise exactement à empêcher nos gouvernements de se soumettre, ainsi que l’argent des contribuables, à une entreprise de développement aux externalités économiques tellement onéreuses pour la collectivité que M. Brassard n’a pas l’imagination ni la volonté nécessaires pour comprendre l’ampleur de l’injustice qui habite cette dérive politique autoritaire. C’est à se demander si l’auteur comprend ce que signifie «changement climatique»! Nous ne détestons pas le pétrole, nous sommes tout simplement conscients des conséquences réelles de la poursuite de l’utilisation des énergies fossiles, et nous sommes prêts à prendre le taureau par les cornes afin d’effectuer une transition. Contrairement aux individus qui revendiquent un développement passéiste ne rapportant qu’aux seules et mêmes personnes depuis le début de l’ère industrielle.

Quant aux océanographes, je ne suis pas le seul effaré par la maigreur des annonces (miettes) de 500000$ accordés à la communauté scientifique rimouskoise afin de bonifier l’état des connaissances de l’écosystème du golfe en 2015.

Surtout, ne pas bouger

En attendant les fruits collectifs de l’exploitation des hydrocarbures, les Terre-Neuviens sont surement vivants, bien portants et très patients. Le gouvernement du Québec, à l’instar du «pochtron» canadien, marche à l’encontre du monde entier lorsqu’il subventionne les industriels des hydrocarbures non conventionnels. Si nous y opposons autant de force, c’est que nous savons pertinemment que l’industrialisation du XXe siècle nous a procuré un immense privilège, celui de faire partie des pays développés. Toutefois, le manque de vision quant aux autres formes de développement énergétique renouvelable constitue maintenant la source majeure d’une injustice planétaire grandissante. M. Brassard fait du surplace, car le développement des formes non conventionnelles d’hydrocarbures est un statu quo dénoncé par les méchants gauchistes du Fonds monétaire international.

Verrouillage élitiste

En réalité, ce qui ronge la communauté québécoise, c’est la classe politique néolibérale. L’austérité économique, la privatisation des sociétés d’État et la réduction de la taille de l’État composent le nouveau mantra politique de nos instances fédérale et provinciale. Voilà où se situe le véritable verrouillage économique. Il y a, au Québec, une accointance entre les leaders politiques et les élites économiques (surtout les banquiers et les grandes sociétés constituées, entre autres, en 1925) qui voient tout développement comme étant essentiellement une exploitation des richesses naturelles non renouvelables et, par la force des choses, non conventionnelles. Nous avons besoin d’un New Deal. Rien de moins. Un New Deal qui discerne dans le développement des énergies renouvelables une opportunité de création de richesse extraordinaire.

Se coucher et faire le mort devant l’immensité des défis du XXIe siècle, voilà ce que propose M. Brassard, contrairement au maire de Ristigouche et ses 168 Gaspésiens qui, eux, se tiennent debout et à l’avant-scène de l’ère du savoir et des connaissances. Nos descendances les salueront bien haut.

Louis Fréchette

Stop Oléoduc Témiscouata

11 juin 2015

http://www.journaldemontreal.com/2015/06/05/la-peur-davoir-peur