Sauver la planète? Quelle blague!

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M. Serge Fortier rappelle que loin de sauver la planète, les gestes individuels pour réduire notre empreinte carbone visent avant tout à nous sauver nous-mêmes ainsi que les générations futures.                                             

                                             Sauver la planète? Quelle blague!

Par les temps qui courent, les préoccupations envers le climat sont sur toutes les tribunes. Ce n’est pourtant pas d’hier que les scientifiques en parlent, que les groupes écologistes cherchent à passer le message, et que, plus récemment, un mouvement citoyen tente d’amener la population et les gouvernements à prendre les mesures qui s’imposent.

Malgré ces constats, les nombreux avertissements et les catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes et intenses, nous tardons à changer certaines de nos habitudes qui sont néfastes pour l’environnement, chacun pelletant le problème dans la cour du voisin, du gouvernement, des corporations, des climato-sceptiques ou de n’importe qui ou quoi d’autre qui peut lui donner bonne conscience de ne rien faire, comme si chaque individu n’était pas responsable de sa part dans la société où il vit.

Pour ceux et celles qui comprennent l’urgence de la situation et qui font de leur mieux pour réduire leur empreinte écologique, il est décourageant de voir comment, face à l’ampleur du problème, les gens ont tendance à ne rien faire, voire à faire le contraire de ce qu’il faudrait. Les exemples abondent : croissance des ventes de VUS, augmentation constante du nombre de véhicules immatriculés sur l’île de Montréal, achat d’un oléoduc par le gouvernement Canadien, intention toujours présente du gouvernement du Québec d’exploiter les hydrocarbures, multiplication des emballages en petits contenants, etc.

Pourtant, selon les sondages, la grande majorité des gens sont préoccupés par la dégradation du climat et de nos ressources vitales et souhaitent des changements. Mais on en reste aux vœux pieux, car très peu de gens sont prêts à changer quoi que soit dans leur style de consommation.

C’est comme dans la chanson : Tout le monde veut aller au ciel, oui mais personne ne veut mourir!. Cela n’a rien d’étonnant, car le message envoyé à la population est :
                                                Il faut sauver la planète!
Sauver la planète! Quelle erreur! La planète n’est pas en danger, c’est nous qui le sommes!

Qui se sent capable de sauver une planète?! À part quelques illuminés qui se prennent pour des super-héros, personne ne peut prétendre avoir à elle seule les moyens physiques et psychologiques d’un tel sauvetage. Par quoi commence-t-on pour sauver une planète?! Je comprends les gens de ne rien faire! Comment relever un aussi grand défi qui, de toute façon, est insensé?! Car avec ou sans nous, la planète continuera de tourner encore bien longtemps. La vie y sera assurément différente, mais pas plus qu’elle ne l’est aujourd’hui par rapport au temps des dinosaures. Alors, faut-il sauver la planète? La réponse est non.

Le message doit plutôt être : Sauve ta vie si tu veux sauver tes enfants et tes petits-enfants. Que veux-tu laisser en héritage à ta chère progéniture? Quelles valeurs veux-tu lui transmettre? Quelles ressources veux-tu lui léguer? Ne pourrais-tu pas cesser d’acheter, de consommer, de gaspiller de façon inconsidérée afin que ces nobles gestes deviennent, pour tes enfants, des gestes naturels dans leur vie quotidienne?

Sauve ta vie! Préserve ta vie avant qu’il ne soit trop tard! Prend le temps de réfléchir aux moyens de t’affranchir, de te libérer d’une surconsommation étouffante qui t’oblige à travailler sans relâche au point où tu ne vois pas tes enfants grandir!

Réduire le gaspillage serait déjà un grand pas, et en plus cela ne nous prive de rien! D’ailleurs, se priver de quelque chose pour atteindre un objectif personnel noble, n’est-ce pas un acte de liberté? Choisir consciemment de se priver, n’est-ce pas plus facile à faire lorsque qu’on en retire une satisfaction et un sentiment de liberté d’abord pour soi-même et non pour « sauver la planète »?

Ces petits gestes, que chacun de nous pouvons faire sans trop de peine, nous rapprocheront de ce que souhaite la majorité de la population. Le Pacte pour la transition, une initiative positive et rassembleuse lancée dernièrement, va en ce sens. Ce pacte, que tous et toutes peuvent signer (www.lepacte.ca), veut encourager tous et chacun, de même que nos gouvernements, à prendre les mesures nécessaires pour modifier notre mode de vie et assurer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants.

Serge Fortier
Ste-Marie de Blandford