Sondage sur les hydrocarbures: la question piège

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Mme Denise Campillo réfléchit à la formulation de la question du sondage SOM récemment publié sur l’exploitation des hydrocarbures au Québec.

Sondage sur les hydrocarbures : la question piège

Un sondage SOMi a récemment indiqué que les Québécois, dans leur grande majorité, s’opposent à l’exploitation des hydrocarbures fossiles au Québec. Dans Le Soleil du 10 novembreii, M. Jean-Sébastien Marcil (directeur de l’exploration, JUNEX inc.) s’élève contre la question du sondage, qu’il juge biaiséeiii, et propose de la remplacer par une autre, tout aussi biaisée, mais dans un autre sensiv.

Pour formuler de façon objective une telle question, qui suscite bien des controverses, il faudrait faire le tour du sujet dans tous ses aspects, en allant chercher l’information autant du côté de l’industrie pétrolière que chez les militants anti-hydrocarbures, mais il faudrait aussi consulter des juristes, des économistes, des ingénieurs et des scientifiques.

Les faits :

  • Le Québec consomme chaque année entre 12 et 14 milliards de dollars de produits pétroliers, dont la provenance fluctue d’une année à l’autre (en 2014, principalement des États-Unisv; voir aussi les chiffres de 2012vi). Il est difficile d’avoir des chiffres récents sur le site du ministère de l’Énergie et des Ressources naturellesvii.
  • Les réserves potentielles présentes dans le sous-sol québécois sont des gisements non conventionnels (pétrole de schiste) exploitables seulement par fracturation (ou autres coûteuses techniques du genre), source de fortes émissions de gaz à effet de serre.
  • Le marché des hydrocarbures souffre de surproduction et les prix sont bas. C’est toujours le prix le plus bas qui dicte les décisions d’achat. Pour des raisons économiques autant qu’écologiques, une grande partie des ressources d’hydrocarbures doit demeurer sous terre.
  • La crise climatique est un fait avéré et les plus grandes entreprises mondiales se détournent des hydrocarbures fossiles et appellent à la transition énergétique, faute de quoi les perturbations climatiques vont peser de plus en plus lourd sur les sociétés et les économies.
  • Tout près de chez nous, l’exploitation par fracturation a causé de graves problèmes dans certaines régions des États-Unis (pollution de l’eau, perturbation de l’agriculture, perte de valeur des propriétés, problèmes sociaux, tremblements de terre, dévastation des paysages, problèmes de reconversion économique quand les gisements sont épuisés). Plusieurs États ont d’ailleurs interdit la fracturation (New York, Vermont, Connecticut, Washington DC, et de nombreux comtés un peu partout). Le Nouveau-Brunswick a décrété un moratoire sur la fracturation.
  • Les gisements de pétrole et de gaz au Québec se trouvent dans les zones agricoles. L’impact du développement de cette industrie serait dévastateur pour notre secteur agricole et nos ressources alimentaires.
  • On parle de création d’emplois. Mais il est avéré que l’économie verte crée beaucoup plus d’emplois que la pétroéconomie, qui est en perte de vitesse, alors que l’avenir est aux ressources renouvelablesviii.
  • La richesse promise par les hydrocarbures fossiles est un mirage : les gouvernements (donc les citoyens) subventionnent les industries pétrolière et gazière (ce que vient de dénoncer M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, à Marrakechix). Ces subventions doivent aller à l’économie verte.
  • Faut-il insister encore sur la nécessité d’agir contre les émissions de gaz à effet de serre? Le gouvernement canadien vient d’annoncer qu’il vise une réduction des GES de 80 % d’ici 2050x. Cela sonne le glas du développement du pétrole et du gaz.

Alors, personnellement, êtes-vous pour ou contre l’extraction de pétrole et de gaz au Québec?

Denise Campillo
Roxton Falls
Le 18 novembre 2016

iii « Pour exploiter les réserves de pétrole et de gaz du Québec, il est généralement nécessaire de fracturer ou de dissoudre la roche en utilisant des procédés comme la fracturation hydraulique, la fracturation à l’acide ou la stimulation des puits à l’acide, qui consistent à injecter sous haute pression des produits chimiques dans le sol. Personnellement, êtes-vous pour ou contre l’extraction de pétrole et de gaz au Québec? »

iv « Entendu que le Québec consomme chaque année entre 12 à 14 milliards $ de produits pétroliers importés; entendu également que le Québec a érigé le cadre réglementaire sur l’exploitation des hydrocarbures le plus strict de tous les États d’Amérique du Nord et qu’un développement de nos potentiels en hydrocarbures pourrait créer chez nous plusieurs milliers d’emplois très bien rémunérés, seriez-vous favorables à l’idée que nous produisions nos propres ressources de pétrole et gaz plutôt que de continuer de les importer? »