Un fléau sur le fleuve

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Mme Marcuzzo-Roy rappelle que le fleuve Saint-Laurent est un joyau du patrimoine culturel québécois et l’habitat d’une riche biodiversité. Le tourisme lié au fleuve, la pêche et la vie marine sont aujourd’hui menacés par la circulation accrue de pétroliers qui augmentent d’autant les risques d’accidents irréparables

Un fléau sur le fleuve

Troisième plus grand fleuve du continent et véritable joyau du patrimoine écologique mondial, le Saint-Laurent est au centre de l’histoire nord-américaine. Source d’eau douce pour plus de la moitié des Québécois, le fleuve côtoie 53 MRC et borde plus de 600 îles et archipels sur plus de 1000 km, offrant une véritable oasis de paix aux plaisanciers et aux riverains. Toutes ces qualités sont désormais menacées par le transport des hydrocarbures. En septembre de 2014, un premier navire géant de 250 m de long et 44 m de large quittait Sorel avec à son bord 100 millions de litres de bitume dilué provenant du sous-sol albertain. Jamais des bateaux de cette taille n’avaient navigué sur le Saint-Laurent. Il faut savoir qu’à certains endroits, l’étroitesse du fleuve et ses eaux peu profondes laissent un espace critique d’un mètre seulement entre la coque du bateau et le fond marin. Selon l’organisme Équiterre, un déversement de seulement 10 % de la cargaison d’un de ces superpétroliers dans le Lac Saint-Pierre (déclaré réserve de la biosphère par l’UNESCO) entraînerait des frais de 2,14 milliards de dollars aux Québécois en décontamination. À ce jour, le fleuve sert de passage à environ 110 pétroliers, et le nombre de navires-citernes chargés de pétrole brut pourrait passer à 280 dans quatre ans.

À des fins de comparaison, rappelons-nous le naufrage du pétrolier Exxon Valdez en 1989. Le déversement de plus de 40 000 tonnes de pétrole brut engendra la formation d’une marée noire de 7000 kilomètres carrés au large de l’Alaska, souillant près de 800 km de côtes vierges. Quelque 80 000 litres de pétrole continueraient de polluer aujourd’hui la région sans que l’on ne sache par qui et quand les environs de Prince William Sound seront enfin nettoyés. Cette catastrophe écologique causa la perte de près 250 000 oiseaux marins, 2 800 loutres de mer, 300 phoques, 250 rapaces et 22 orques. Ce ne sont là que les conséquences immédiates. Vingt-cinq ans plus tard, les moyens de subsistance traditionnels n’étant plus viables, les villages de pêcheurs qui persistent sont aux prises avec de graves problèmes sociaux et économiques.

Le Saint-Laurent, qui tend à devenir une artère importante dans le transport des hydrocarbures, n’est aucunement à l’abri d’une catastrophe semblable. Une catastrophe écologique sonnerait le glas des activités de pêches déjà fragilisées par la diminution des bancs de poissons, en plus d’affecter grandement les populations de mammifères marins dont l’observation est tant prisée par les touristes de partout dans le monde. N’oublions pas la mort par collision de plusieurs baleines noires l’été dernier; l’augmentation de la circulation maritime dans le golfe ne peut que nuire au rétablissement de cette population fragilisée.

Sachant que l’industrie touristique rapporte plus de 12,8 milliards de dollars et que le gouvernement québécois prévoit investir 77 millions de dollars pour favoriser l’essor du tourisme maritime d’ici 2020, il serait temps de nous questionner sur la direction économique de la province. Nos dirigeants doivent faire preuve de cohérence et nous avons le devoir de le leur rappeler lorsqu’il est impossible de concilier des objectifs profondément opposés. Nous ne pouvons pas protéger et mettre en valeur la biodiversité du Saint-Laurent tout en l’exposant aux risques associés au transport des hydrocarbures.

Billie Marcuzzo-Roy

St-Onésime

Le 17 janvier 2018